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Science & Performance

Bilan sanguin du sportif d'endurance : quoi doser, quand, et comment le lire

Florian Mouchel10 janvier 2025
Des tubes de prélèvement sanguin tenus par une main gantée, devant une prise de sang, avec le texte « Bilan sanguin endurance »

3,78 µg/L. C'est la testostérone d'un sportif que j'accompagne, pour une fourchette de laboratoire de 1,75 à 7,81. Dans la norme, donc. Sauf que c'est le bas de la fourchette pour un homme jeune et actif. Sauf qu'il se restreignait depuis des mois pour perdre 5 à 6 kg, et qu'il ne perdait plus rien. Sauf que son médecin, vitamine D mise à part, n'avait rien relevé d'anormal : les normes d'un laboratoire sont celles de la population générale, pas celles d'un sportif d'endurance.

Je suis diététicien du sport. Voici quoi demander à ton médecin, dans quelles conditions faire ta prise de sang, et comment lire le résultat quand tu cours, pédales ou nages plusieurs heures par semaine.

À quoi sert un bilan sanguin quand on fait de l'endurance ?

À vérifier une hypothèse, pas à chercher au hasard. Tu es fatigué, tu stagnes, tu enchaînes les blessures ou tu n'arrives plus à perdre de poids : le bilan dit si une carence ou un dérèglement hormonal est en cause, ou s'il faut chercher ailleurs.

Trois questions reviennent chez les sportifs que j'accompagne. Est-ce que mes réserves de fer suivent mon entraînement ? Est-ce que je manque de vitamine D ? Est-ce que mon corps tourne au ralenti parce que je ne mange pas assez ? Un bilan standard ne répond à aucune des trois : la ferritine, la vitamine D et les hormones n'y figurent pas d'office. Il faut les demander.

Un bilan ne remplace pas le reste. Si ta fatigue dure, commence par comparer ce que tu manges à ce que tu dépenses : c'est la cause la plus fréquente, et elle ne se lit pas toujours dans le sang.

Quels marqueurs demander pour un premier bilan ?

Six familles, pour une vue d'ensemble. C'est la liste que je donne aux sportifs que j'accompagne, et qu'ils présentent à leur médecin.

FamilleCe que tu demandesCe que ça éclaire
FerFerritine, transferrine, hémoglobineTes réserves de fer et le transport de l'oxygène
HormonesTSH, T3 libre, testostérone, cortisolUn corps qui tourne au ralenti, une charge mal supportée
Vitamines et minérauxVitamine D, zincOs, immunité, production hormonale
Inflammation et muscleCRP, créatine kinaseUne inflammation, une récupération incomplète
GlucidesGlycémie à jeunLa régulation du sucre
LipidesCholestérol total, HDL, LDL, triglycéridesTon profil lipidique

Chez la sportive, c'est l'œstradiol que le médecin regarde à la place de la testostérone. Les bilans suivants sont plus courts : tu ne redoses que ce qui était bas, ou ce qui répond à ta question du moment.

Comment lire ta ferritine ?

Avec les seuils du sportif. Sous 35 µg par litre, tes réserves de fer sont entamées, même si ton hémoglobine est normale.

StadeFerritineHémoglobineSaturation de la transferrine
Réserves bassesMoins de 35 µg/LPlus de 115 g/LPlus de 16 %
Carence sans anémieMoins de 20 µg/LPlus de 115 g/LMoins de 16 %
Anémie par carence en ferMoins de 12 µg/LMoins de 115 g/LMoins de 16 %

Ce n'est pas rare : selon les études, 15 à 35 % des sportives et 5 à 11 % des sportifs sont carencés en fer.

Deux pièges. La ferritine monte avec l'inflammation : juste après un test maximal, elle grimpait de 22 % chez des rameurs de haut niveau. Une ferritine « correcte » au lendemain d'une grosse séance ou pendant un rhume peut donc cacher des réserves basses, et c'est pour ça qu'on dose la CRP avec elle. À l'inverse, l'entraînement d'endurance augmente ton volume de plasma : ton hémoglobine est diluée et paraît plus basse qu'elle ne l'est. C'est la fausse anémie du sportif.

Ne prends pas de fer sans dosage : il se prescrit sur résultat, avec un contrôle derrière. Ce que tu peux régler seul, c'est ton assiette : les aliments, les associations et le moment de la journée sont dans l'article sur la ferritine basse chez le sportif d'endurance.

Et ta vitamine D ?

Vise au moins 30 ng par ml, soit 75 nmol par litre. Plus d'un sportif sur deux est en dessous : dans une synthèse de 23 études, 56 % des 2 313 sportifs testés étaient sous 32 ng par ml.

Le risque est presque doublé en hiver et au printemps, et il est plus élevé dans les sports d'intérieur. Si tu ne fais qu'un dosage dans l'année, fais-le à la sortie de l'hiver.

Sauf que plus n'est pas mieux. Monter très au-dessus du seuil n'améliore pas la performance, et les très fortes doses prises d'un coup sont déconseillées par les chercheurs qui ont le plus étudié la question chez le sportif. La supplémentation se règle sur ton dosage, pas sur celui du voisin.

En France, le dosage de la vitamine D n'est remboursé que dans quelques situations médicales précises, dont le sport ne fait pas partie. Il reste à ta charge, de l'ordre de 10 à 20 € : demande le prix à ton laboratoire.

Que disent tes hormones ?

Si tu manges assez pour ce que tu fais. Quand l'énergie manque trop longtemps, ton corps réduit ce qui n'est pas vital, et deux hormones le montrent : la T3 et, chez l'homme, la testostérone.

Le Comité international olympique en a fait deux indicateurs principaux de son outil d'évaluation du RED-S. Et il ne retient pas seulement les valeurs hors norme : une valeur située dans le quart le plus bas de la fourchette du laboratoire compte déjà comme un signal.

Le cortisol, lui, varie dans la journée : il se dose le matin, toujours à la même heure, et se lit avec ta charge d'entraînement. Son lien avec la testostérone est détaillé dans l'article sur le ratio testostérone cortisol.

Aucune de ces valeurs ne pose un diagnostic à elle seule, et l'interprétation médicale revient à ton médecin. Si elles vont dans le même sens que tes signes, fais le questionnaire RED-S et calcule ta disponibilité énergétique.

Pourquoi « dans la norme » ne suffit-il pas ?

Parce que la norme du laboratoire dit que tu n'es pas malade. Elle ne dit pas que tes valeurs sont bonnes pour ce que tu demandes à ton corps. Voici le bilan du sportif du début.

Il était venu me voir perdu dans son alimentation, après une perte de poids très restrictive qui ne donnait plus rien depuis des mois. Son alimentation, une fois analysée : trop peu d'énergie, trop peu de protéines, trop de graisses et de sucres simples, et des apports un peu justes en vitamine D et en zinc. Je lui ai donné la liste des marqueurs à présenter à son médecin.

MarqueurSon résultatMa lecture
Testostérone3,78 µg/L, pour une fourchette de 1,75 à 7,81Dans le bas de la fourchette pour un homme jeune et actif : à lire avec des mois de restriction
Vitamine D24 ng/ml, pour des valeurs souhaitables de 30 à 60En dessous : le seul point retenu par son médecin
TSH0,66 mUI/L, pour une fourchette de 0,4 à 3,5Dans le bas de la fourchette
T3 libre4,24 ng/L, pour une fourchette de 2,5 à 3,9Au-dessus : à faire contrôler par son médecin
Cortisol10,6 µg/dL à 8 h 15, pour 6,7 à 19,4 le matinDans la fourchette
ZincRésultat en attenteDemandé au vu de ses apports
Extrait du compte rendu du laboratoire : testostérone à 3,78 µg/L pour une fourchette de 1,75 à 7,81, cortisol à 10,6 µg/dL à 8 h 15, zinc en cours d'analyse
Testostérone, cortisol et zinc.
Extrait du compte rendu du laboratoire : vitamine D à 24 ng/ml pour des valeurs souhaitables de 30 à 60, T3 libre à 4,24 ng/L pour une fourchette de 2,5 à 3,9
Vitamine D et T3 libre.
Extrait du compte rendu du laboratoire : TSH à 0,662 mUI/L pour une fourchette de 0,4 à 3,5
TSH.

Son médecin n'a retenu que la vitamine D. Mis à côté de son alimentation, le bilan raconte autre chose : un sportif qui ne mange pas assez pour ce qu'il fait, avec une testostérone dans le bas de la fourchette et une vitamine D insuffisante. Et dans cet état, la perte de gras cale.

La suite n'a pas été un régime de plus. On a remonté ses apports au niveau de ses besoins, ajouté des aliments riches en zinc et en vitamine D, et mis en place une supplémentation en vitamine D, 4 000 UI par jour pendant un mois dans son cas. Le zinc, 15 à 20 mg par jour, n'était prévu que si le déficit se confirmait. Nouveau bilan 4 à 6 semaines plus tard. La perte de poids ne vient qu'ensuite : la méthode est dans le guide du poids de forme en endurance.

Quand faire ta prise de sang, et dans quelles conditions ?

Le matin, à jeun, reposé, et toujours dans les mêmes conditions. Sinon tu mesures ta séance de la veille, pas ton état de fond.

  1. Le matin, à jeun. Entre 7 h et 9 h, après une nuit sans manger.
  2. 24 heures sans séance. Et 2 à 3 jours après une séance qui abîme le muscle : descentes, fractionné dur, compétition. La créatine kinase reste élevée au moins 24 heures, et la ferritine monte avec l'inflammation de l'effort.
  3. Hydraté. Déshydraté, ton sang est plus concentré et les valeurs montent.
  4. Pas malade. Une infection fait monter la ferritine et la CRP.
  5. Le même laboratoire. Les méthodes et les fourchettes changent de l'un à l'autre.

Dans la saison, je conseille 3 à 4 bilans par an aux sportifs qui s'entraînent beaucoup.

MomentCe que tu cherches
Début de saisonTon état de base, et les carences à corriger avant de monter en charge
2 à 3 semaines avant ta première courseFer, inflammation, récupération
Mi-saisonLes signes d'une charge mal supportée
Fin de saisonTon état général avant la coupure

Si tu t'entraînes moins et que tu n'as jamais été carencé, un bilan par an suffit. Comment placer ces rendez-vous dans ton année est expliqué dans organiser sa saison en intégrant la nutrition.

Qui prescrit, et combien ça coûte ?

Ton médecin, traitant ou du sport. Un diététicien ne prescrit pas d'analyses : je te donne la liste, tu la lui présentes, et c'est lui qui décide de ce qu'il prescrit.

Ce qui est prescrit est remboursé aux conditions habituelles, sauf exceptions comme la vitamine D. La plupart des laboratoires acceptent aussi de faire une analyse sans ordonnance : tout est alors à ta charge, et tu demandes le prix avant.

Que faire de tes résultats ?

Trois choses, dans l'ordre.

  • Montre-les à ton médecin. Une valeur hors norme, une fatigue brutale ou un symptôme inhabituel passent d'abord par lui.
  • Mets-les à côté de ton assiette. Une ferritine basse ne se traite pas de la même façon selon que tes apports en fer sont corrects ou que tu ne manges presque ni viande ni légumineuses. Une testostérone basse avec des apports insuffisants se corrige d'abord en mangeant plus.
  • Recontrôle. Un bilan est une photo. Deux bilans faits dans les mêmes conditions donnent une tendance : 4 à 6 semaines après une correction pour la vitamine D, 8 à 12 semaines pour le fer.

Ne te supplémente pas à l'aveugle. Une supplémentation se décide sur un dosage, à une dose et pour une durée données, avec un contrôle au bout.

Comment te faire accompagner ?

En consultation, on lit ton bilan à côté de ton alimentation et de ton entraînement, et tu repars avec ce qui change dans ton assiette, les compléments utiles et la date du prochain contrôle. Je ne pose pas de diagnostic médical : je fais le lien entre tes résultats et ce que tu manges. C'est 45 minutes en visio, 70 €, à l'acte et sans abonnement, sur la page de la consultation. Ce qui se règle en consultation est détaillé dans la page diététicien du sport.

Si tu préfères un outil, la plateforme Nutriocus garde tes bilans biologiques à côté de ta charge d'entraînement et de ce que tu manges, dans l'offre Performance, à 97 € par mois, avec 7 jours d'essai.

À retenir

  • Un bilan sert à vérifier une hypothèse : fer, vitamine D, manque d'énergie.
  • Ferritine, vitamine D et hormones ne sont pas dans un bilan standard : demande-les à ton médecin.
  • Ferritine sous 35 µg/L : tes réserves sont entamées. Vitamine D : vise au moins 30 ng/ml.
  • « Dans la norme » ne suffit pas : une valeur dans le quart bas de la fourchette est déjà un signal.
  • Le matin, à jeun, 24 heures sans séance, pas malade, même laboratoire.
  • 3 à 4 bilans par an si tu t'entraînes beaucoup, un par an sinon.
  • Pas de fer ni de forte dose de vitamine D sans dosage.

Le guide complet : Déficit énergétique du sportif

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